rip à toutes les vies que l'on ne vivra pas
Dans The Bell Jar, Sylvia Plath fait une comparaison entre toutes les vies qu’Esther, la narratrice de l’histoire, aurait voulu vivre, tous ses rêves et les associent aux différentes branches d'un figuier. Mais à l'idée de choisir une figue sur l'une de ces branches et de délaisser toutes les autres, elle n'en choisit pas et observe toutes les figues de son arbre tomber et pourrir à travers le temps, les unes après les autres...
Si tu vis une crise identitaire, I just know que tu relate à cette allégorie du choix, alors welcome to the club babyyy !
Aujourd'hui, je voulais déblatérer sur le fait d'être dans sa vingtaine et d'être perdu. Dans mon entourage, on est beaucoup à ressentir ce sentiment alors je me dis qu'il n'y a rien d'anormal à ça. Mais, si cette situation te met mal, sache que tu n'es pas seul.e et que tout finira par rentrer dans l'ordre à un moment donné. En espérant que cette petite lecture te fera du bien et que tu te sentiras compris.e. ❤
Lorsque j'étais petite, je voulais être chanteuse, j'avais grandi en observant Rihanna sur Trace Urban, en regardant Hannah Montana sur Disney Channel donc je rêvais de devenir comme elles. Mais après avoir découvert Cece & Rocky dans Shake It Up et m'être mise à la danse, il était évident que ma destinée était, en fait, de devenir une danseuse professionnelle. Avec l'émergence de Youtube et mon addiction à Zoe Sugg, je voulais commencer à me filmer moi aussi afin de devenir Youtubeuse. Puis au collège lorsqu'on devait dire les métiers "concrets" que l'on voulait faire plus tard, je disais traductrice littéraire anglais/français car j'adorais l'anglais et était très forte dans cette matière. Début lycée, quand j'ai commencé à être plus au courant et sensible aux inégalités dans le monde je voulais travailler au sein de l'ONU, ou aider à changer les choses d'une quelconque manière. Fin lycée c'était Parcoursup et j'étais absolument terrifiée à l'idée de devoir choisir UN voeu, donc UN parcours et de renoncer à tous les autres.
Et si ce que je choisis ne me plait pas ? Et si je suis nulle dans cette discipline ? Je ferai quoi ensuite ? Je ne serai prise nulle part ailleurs et j'aurais perdu une année...
Ça n'avait pas manqué, sous le stress j'avais accepté le voeu pour aller en licence de psychologie, où allaient la plupart de mes amies. Je n'y connaissais rien, n'étais pas très forte en sciences mais au moins, j'aurais été accompagnée de mes amies. Retour à la réalité après le premier semestre. J'étais si peu épanouie dans ce cursus, je savais que ce n'était pas le mieux pour moi, c'était dur car c'était un sentiment d'échec et de perte de temps.
Avec du recul, j'étais contente d'avoir malgré tout suivi cette direction. Je me suis donnée l'opportunité de saisir une figue, elle n'était pas à mon gout donc je l'ai laissé, maintenant mon figuier se retrouve avec une branche en moins à explorer et ça me rassure car ça signifie une angoisse en moins d'un "et si j'avais pris ce chemin..." . J'ai eu le courage de laisser quelque chose qui n'était pas fait pour moi et je me suis prouvée ensuite que je pouvais rebondir.
Bien sûr, cela reste un privilège car j'ai la chance d'avoir une famille qui me soutient et des ressources financières nécessaires pour m'aider à rebondir. Nous ne bénéficions malheureusement pas tous des mêmes chances, donc n'avons pas tous la même quantité de branches sur nos figuiers. Puisque, d’après moi, celles-ci correspondent aussi à la quantité de rêves que nous nous accordons.
Après la psycho, j'ai donc décidé d'étudier la littérature anglaise et j'étais très épanouie dans ce choix, mon envie d'être traductrice littéraire s'est transformé en désir de devenir professeure d'anglais. Ce désir là, s'est modifié en professeure des écoles, donc je me suis embarquée dans un master en éducation. J'étais convaincue de cette envie et me suis rendue compte que l'art n'était pas assez présent dans cette profession puis que mes valeurs personnelles étaient entravées par l'éducation nationale et que par conséquent, je ne serai jamais épanouie à 100%. Et c'est bien là le problème, donc je me suis retrouvée, encore, perdue.
Peut-être que je chipote, mais je n'ai pas envie de faire un métier dans lequel je ne suis pas épanouie à 100%. On doit travailler 5 jours sur 7, passer plus de temps à taffer qu'à profiter de notre temps personnel et de nos proches, donc hors de question que je choisisse quelque chose qui ne me va pas totalement. Je pense que l'on est beaucoup à réfléchir de cette manière. Le monde va mal, on va mal, on n'a pas d'argent, évidemment que l'on ne va pas s'embêter à débuter des carrières pour se rendre compte à 50 ans que l'on est malheureux dans ce qu'on fait.
(Bien qu'une réorientation à 50 ans soit carrément envisageable et devient de plus en plus courant d'ailleurs ! Mais si j'ai la chance de pouvoir trouver ma vocation assez tôt dans la vie, j'en serai ravie).
Je fais le focus sur le travail parce que c'est vrai que dans cette société capitaliste, ce qui importe c'est le métier que tu feras plus tard ou la manière dont tu récolteras tes simflouz.
Je suis restée unemployed pendant 7 mois et ce qui importait le plus à la majorité des gens c'était de savoir quand je retournerai travailler, ce que je ferai.. Moi j'étais juste heureuse d'avoir du temps libre dédié à mes hobbies et sans charge mentale, pourquoi encore et toujours tout ramener au travail......
Ce qui nous amène une autre problématique : quand est-ce que nous pourrons jouir de ce que le monde a à nous apporter ? À travers les voyages, les rencontres, les hobbies...
Notre génération se retrouve tiraillée entre trouver sa vocation, acquérir des expériences professionnelles, faire des études multiples et profiter de la vie, découvrir le monde et d'autres cultures, vivre à l'étranger et voyager pendant des mois.
Ça devient dur de choisir, surtout avec tout ce que les adultes premium disent.
"Achetez lorsque vous êtes jeunes !" pour m'empêcher de partir et trimer de fou afin de rembourser un crédit plus tôt ?
"Le travail c'est la santé !" mmmh je dirai que le travail dégrade la santé mais d'accord.
"Les jeunes de maintenant ne veulent plus travailler" cette phrase n'est pas forcément fausse, mais elle a pour unique but de critiquer et ne s'intéresse pas aux raisons pour lesquelles c'est le cas, c'est pour ça qu'elle m'irrite au plus haut point.
Il y a un fossé générationnel, souvent les adultes premium comprennent ce que les adultes nouveaux-nés expriment et les envient parfois même un peu de s'accorder autant de libertés. Mais d'autres fois non et on se retrouve dans des discussions où ça sort des " À mon époque on travaillait déjà à 16 ans ! On se mariait à 20 ans et avions nos premiers enfants à 22 ans!". Good for you, are you happy now ???? Ça part de bons sentiments quand nos parents nous partagent les choses qu'ils auraient souhaité pour nous, comme faire de grandes études, avoir des jobs sécurisants et stables... Mais ce n'est pas parce qu'ils aspirent à cela, que nous aussi.
Des fois ça m'angoisse de penser à tous les chemins que j'aimerai prendre et de me demander à quoi la vie ressemblerait si je les prenais. Et si je vivais au Canada plutôt qu'en France ? Et si je faisais un tour du monde ? Et si je devenais autrice et illustratrice de livres jeunesse ? Et si je reprenais mes études pour étudier la sociologie ? Et si à la place j'étudiais le graphisme ? Et si j'ouvrais une librairie/coffee shop ? Il y a tellement de choses que je souhaite faire et avec du recul je me dis que c'est une chance de pouvoir rêver autant. Toutes les fois où j'ai suivi des parcours pour me rendre compte ensuite qu'ils n'étaient pas pour moi, ont été des leçons et des opportunités d'explorer ma vie et mes envies. On ne doit pas considérer cela comme une perte de temps, mais au contraire comme une avancée dans nos recherches.
Encore une fois, ça reste un discours assez privilégié de se dire que l'on aura de multiples occasions pour tester des choses encore et encore, surtout si le côté financier entre en jeu, mais si cela t'aide à relativiser, adopte cette vision des choses.
Anyways, tout ça pour dire que la vingtaine c'est vraiment une période confuse et compliquée parce qu'on rentre dans l'âge adulte sans manuel Pour les Nuls, que l'on voit tout le monde suivre des parcours divers et variés et que l'on doit nous aussi choisir quel chemin prendre pour notre avenir. Mais sur ce chemin on pourra rencontrer des petites déviations, puis revenir sur la route principale, dévier encore, peut-être qu'il y aura des ronds points idk... En tout cas, peu importe le chemin qu'on prend ou la figue qu'on décide de décrocher de notre arbre. À partir du moment qu'on décide pour nous, on se rapproche davantage de nous-même et de ce que l'on aime. Peut-être que toutes les figues de ton arbre ne seront pas réellement faites pour toi, mais il n'y a qu'une façon de le savoir : c'est de les tester.
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